Dr Philip Wood
5.06
1. Air - Liberté des voies aériennes (LVA)
I. Principes
La libération des voies aériennes (L V A), le maintien de cette liberté de passage de l'air et les gestes qui permettent une meilleure mécanique ventilatoire sont des actes fondamentaux en secourisme face à toutes les situations où il existe obstruction ou menace d'obstruction : malaise, fausse route, troubles de la conscience, difficultés ventilatoires, ventilation bruyante...
2. Techniques
A-Systématiquement
: dégrafer les vêtements qui gênent la ventilation: cravate, col, ceinture,
pantalon.
B-Chez
toute victime inconsciente sur le dos: bascule prudente de la tête en arrière
et traction sur le menton en avant; cette manoeuvre réalisée en un seul geste
permet de dégager la base de la langue du carrefour aéro-digestif où elle a
tendance à s'affaisser du fait du relâchement musculaire et évite la bascule de
l'épiglotte (repli qui ferme l'orifice du larynx lors de la déglutition). Elle
doit toujours être pratiquée avant le bilan de la ventilation; si la victime
ventile, la protection des voies respiratoires sera assurée par la mise en PLS.
C-Lorsqu'il
existe une obstruction évidente par un objet visible dans la bouche ou un
liquide (sang, vomissements...), il faut effectuer rapidement :
-un
nettoyage digital (prendre le corps étranger entre deux doigts, absorber le
liquide à l'aide d'une compresse entourant un doigt...)
-et/ou
une aspiration instrumentale à l'aide d'une canule d'aspiration oro-pharyngée
connectée à un dispositif aspirateur de mucosités.
- En cas d'obstruction complète et brutale des voies aériennes par un corps étranger inhalé accidentellement, il faut réaliser d'emblée une manoeuvre de Heimlich, dans la position où se trouve la victime au moment de l'accident; l'augmentation de pression ainsi créée dans les poumons permet de repousser le corps étranger dans le carrefour aéro-digestif d'où il sera extrait, soit par la victime elle-même lorsqu'elle est restée consciente ( déglutition, crachat. ..) soit par extraction digitale.
Il ne faut pas pendre un enfant en bas âge par les pieds pour chasser un corps étranger mais l'installer sur un avant bras du sauveteur et lui taper dans le dos; si cette manoeuvre n'est pas efficace, on doit le retourner et exercer des pressions directement sur le thorax, jusqu'à libération des voies aériennes.
Il faut penser également à une obstruction basse des voies aériennes lorsque les insufflations s'avèrent impossibles chez une victime en arrêt ventilatoire, malgré les autres techniques de libération, et pratiquer une manoeuvre de Heimlich, ou son équivalent chez le nourrisson.
En désespoir de cause, en l'absence d'efficacité des ces techniques, on peut réaliser une insufflation en force (par bouche à bouche) dans l'espoir de chasser le corps étranger dans une des deux bronches souches ; ce qui libère un poumon et permet à nouveau une oxygénation de la victime.
-Le motard inconscient porteur d'un casque intégral doit bénéficier d'un retrait systématique du casque (avec une méthode rigoureuse et la pose d'un collier cervical) ce qui permet de vérifier la liberté des voies aériennes et d'assurer si nécessaire une désobstruction avant mise en PLS.
-En cas de difficulté de ventilation au masque malgré une bonne technique, on peut mettre en place une canule de Guédel pour palier à l'obstruction partielle liée à la langue; ce qui peut être le cas lors de fractures déplacées du maxillaire inférieur ou d'un gros oedème de la langue par exemple. Pour choisir sa taille, prendre une canule dont la longueur est égale à la distance oreille (tragus) - commissure des lèvres. Mais ce dispositif ne doit pas être placé de façon systématique car la stimulation du pharynx qu'elle entraîne peut favoriser nausées ou vomissements.
-Toute autre cause susceptible d'entraver la ventilation sera supprimée : corde du pendu, incarcération, mauvaise position, dentier...
3. Remarques
L'ouverture et le nettoyage de la bouche ne sont pas réalisés de façon systématique, « à l'aveugle » : l'introduction d'un doigt ou d'une canule dans la bouche d'une victime n'est jamais sans risque et les vomissements provoqués sont incomparablement plus dangereux qu'un hypothétique corps étranger; ce geste est donc limité aux cas suivants :
-il existe un objet visible potentiellement ou manifestement obstructif
-la bouche est pleine de sécrétions gênant la ventilation (vomissures, sang...)
-il est impossible de réaliser des insufflations : la désobstruction digitale précède ou suit la pratique de la manoeuvre de Heimlich. ..
La pose d'une canule de Guédel chez une victime sans détresse ventilatoire (comateux, intoxiqué...) est formellement interdite !
La bascule de la tête en arrière n'est pas nécessaire pour ventiler artificiellement un bébé ; elle peut être même la source d'une difficulté de ventilation.
Respiration artificielle :
A
savoir
Pour ventiler une victime :
1.
Bouche a bouche avec un gaze sur
la bouche de la malade – surtout pour les nouveaux nés.
2.
Avec ballon autogonfable et
masque
3.
Avec ballon et intubation il
suffit d'ôter le masque et de connecter la valve de l'insufflateur au tube
d'intubation.
Sur
avis du médecin, on peut continuer à pratiquer massages et insufflations en séquence
ou, au contraire, dissocier les deux techniques, chacune étant appliquée à sa
propre fréquence, sans arrêt du massage le temps de
l'insufflation.
-La
perception d'un pouls autonome sans ventilation efficace nécessite de continuer
les insufflations artificielles sans le MCE. La reprise d'une ventilation
spontanée, toujours associée à une activité cardiaque efficace, impose
l'installation de la victime en PLS et la poursuite de l'oxygénation sous forme
d'inhalation à fort débit. Le retour à la
conscience
est rare sur le terrain mais bien sûr, d'excellente augure.
Technique d’intubation
endotracheale :
Introduisez doucement la lame du
laryngoscope avec la main gauche entre l’épiglotte et la base de la langue
Soulevez la lame vers le plafond pour voir
le larynx
Tirez sur le coin de la bouche avec la
main droite pour améliorer la vue
Introduisez la sonde endotracheale sous
vision directe.
3.
Troubles de la fonction circulatoire
I. Insuffisance coronarienne
Le
cœur est un muscle (myocarde) constamment en action dont les cellules sont
oxygénées par l'intermédiaire de vaisseaux sanguins appelés artères
coronaires. L'insuffisance coronarienne
est due à la réduction du diamètre interne de ces artères (spasmes, dépôts
internes) qui les empêche de délivrer, à certains moments, des débits sanguins
suffisants. Les cellules souffrent alors de manque d'oxygène et, si le trouble
persiste, peuvent mourir (nécrose). Le signe principal de cette insuffisance
est une douleur thoracique: elle est habituellement ressentie comme une barre
douloureuse située derrière le sternum, avec une sensation d'avoir la poitrine
prise dans un étau; elle irradie souvent dans les membres supérieurs (gauche
surtout), le cou et la mâchoire; elle est très angoissante.
Premier
stade de la maladie, l'angine de poitrine (ou angor) est une douleur passagère
(quelques minutes) ressentie après un effort, une émotion. La crise (et donc le
danger) cède rapidement à l'arrêt de la cause déclenchant (repos) ou après la
prise d'un médicament spécifique qui dilate les coronaires (comme la
Trinitrine).
L'infarctus du myocarde est lié à
l'obstruction complète d'une artère coronaire par un caillot de sang
(thrombose). La douleur se prolonge de façon anormale (plus de 30 minutes), ne
cède pas au traitement habituel de l'angor, ou est accompagnée de signes de
gravité tels que: angoisse importante, sueurs, vomissements. L'infarctus est un
trouble grave qui fait courir au malade un risque vital permanent du fait des
troubles cardiaques (troubles du rythme, insuffisance, ACR) qui peuvent
survenir à tout instant.
Seul
un électrocardiogramme (enregistrement de l'activité électrique du cour) permet
de différencier un infarctus d'une autre cause de douleur thoracique.
Il faut donc au moindre doute appeler une équipe
médicalisée et, si le diagnostic est confirmé, prendre en charge le malade;
celui-ci doit être admis directement dans un service de soins intensifs
spécialisés.
1.2
Bilan
-antécédents
du malade (angine de poitrine, autre infarctus, facteurs de risque
cardio-vasculaires)
-traitement
habituel du patient
-événement
déclenchant éventuel ( effort, émotion, repas)
-durée
de la douleur, réponse au traitement spécifique
-autres
signes présentés (bilan vital, angoisse, sueurs, vomissements...).
1.3
Conduite à tenir
Il
faut mettre la personne au repos absolu, éviter tout mouvement inutile, calmer
son angoisse ( en l'oxygénant si besoin) et lui faire prendre le traitement
préconisé en cas de crise (un comprimé à croquer ou un spray à administrer sous
la langue) si elle ne l'a pas encore fait.
Il
n'est pas obligatoire d'admettre le malade à l'hôpital lorsque la douleur cède
complètement et rapidement mais un bilan cardiaque est nécessaire lorsqu'il
s'agit d'une première crise. Si la douleur persiste, la présence des renforts
médicaux est nécessaire. En attendant, l'installer en position adaptée aux
signes présentés, faire inhaler de l'oxygène au masque à fort débit et
surveiller attentivement l'évolution de la victime en restant prêt à intervenir
en cas de défaillance cardiaque.
1.4 A
savoir
-Il
peut y avoir douleur thoracique sans insuffisance coronarienne et infarctus
sans douleur thoracique ( elle peut être abdominale ou dorsale) voire sans
douleur ,
-Il
faut aussi lutter contre la douleur, l'angoisse, et traiter les complications
(troubles du rythme, oedème aigu du poumon, etc...) .
-Le
traitement de l'insuffisant coronarien peut être à base de comprimés, de sprays
ou de patchs qu'on colle sur la poitrine.
3. Insuffisance cardiaque et odème aiguë
du poumon
3.1
Le trouble
La
pompe cardiaque n'arrive parfois plus à assurer un débit sanguin suffisant.
Cette insuffisance peut être liée à l'atteinte du muscle cardiaque lui-même
(infarctus, intoxication, trouble du rythme, fatigue liée à l'âge. ..) ou à une
gène extérieure à l'écoulement du sang ( diminution du calibre des artères,
hypertension artérielle). Il peut se produire alors un engorgement en amont, au
niveau de la circulation pulmonaire, avec une augmentation dangereuse des
pressions à ce niveau: du liquide composant le sang (plasma) passe vers
l'intérieur du poumon et perturbe les échanges gazeux. Le malade aune
respiration rapide, difficile (tirage), bruyante (crépitations) ; il tousse en
ramenant de l'écume blanchâtre ou rosée. Une cyanose et des sueurs signalent la
gravité de la menace. Le pouls est rapide et souvent très bien frappé
(hypertension).
Cette détresse cardiaque qui se manifeste par
des troubles respiratoires porte le nom d'odème aigu du poumon (OAP).
3.2
Bilan
-antécédents
du malade (insuffisance cardiaque, hypertension, infarctus), traitement
habituel -événement déclenchant ( effort, émotion, pendant le sommeil)
-horaire
de début et évolution du trouble
-bilan
vital et autres signes présentés (impossibilité de parler, cyanose, sueurs...)
3.3
Conduite à tenir
Compte
tenu des troubles sur les échanges gazeux, l'intervention doit toujours être
médicalisée. En attendant, on peut améliorer sensiblement l'état du malade par
quelques gestes importants :
-mettre
en position assise, jambes pendantes (facilite l'écoulement sanguin et donc le
travail du cour)
-laisser
au repos strict, éviter tout effort
-faire
une oxygénothérapie au masque à fort débit (15 l/min.)
-en
cas de douleur thoracique chez un insuffisant coronarien connu, donner le
traitement prévu en cas de crise d'angor si le malade ne l'a pas encore fait.
3.4 A
savoir
-L
'OAP est, avec la fausse route alimentaire, une des principales causes de
détresse respiratoire aiguë chez la personne âgée ,
-L'insuffisance
cardiaque peut se manifester sous d'autres formes comme le collapsus (cf.
chapitre suivant).
4. Collapsus cardio vasculaire - État de choc
4.1
Le trouble
Il règne
une pression élevée en permanence dans les artères. Cette pression est
nécessaire pour que le flux sanguin atteigne tous les organes, même les plus
éloignés.
Le
collapsus est une baisse importante de la pression qui devient insuffisante
(< 80 mm de mercure chez l'adulte). Il donne tous les signes de la détresse
circulatoire : pouls rapide, difficile à prendre, pâleur, sueurs, ventilation
rapide, conscience conservée mais altérée ( obnubilation, somnolence) avec soif
intense, angoisse, prostration ou au
contraire
agitation. Le pouls radial, situé en périphérie, peut ne plus être perçu alors
qu'un pouls
carotidien
l'est encore.
Normalement,
l'organisme réagit à cette baisse de pression: il cherche à garder une
circulation efficace dans les territoires les plus importants (cour, poumons,
cerveau) en détournant à leur profit le sang des territoires périphériques.
Malheureusement, cela prive d'oxygène un grand nombre de cellules et, faute
d'un traitement rapide, une décompensation secondaire, le plus souvent
mortelle, peut compliquer son évolution.
4.2
Bilan
-événement
déclenchant (traumatisme, maladie, intoxication...)
-antécédents
du malade (allergie, traitement)
-bilan
vital
-autres
signes présentés
4.3
Conduite à tenir
-
A. Un des premiers gestes à faire
est d'allonger la victime en position horizontale ce qui permet une meilleure
distribution du sang dans les différents territoires.
-
B. Le fait de surélever les
membres inférieurs peut être utile, à condition de conserver cette position
tant qu'un avis médical contraire n'a pas été donné (cf. Positions d'attente et
de survie).
-
C. La lutte contre la cause
initiale de la détresse est importante mais, en dehors de l'arrêt de
l'hémorragie externe, elle est souvent du seul domaine médical ; ce qui
justifie, dans tous les cas, l'appel des renforts médicalisés.
L'oxygénation
de la victime doit bien sûr être systématique; sans oublier des gestes
importants comme la protection thermique, le soutien psychologique, la
surveillance...
4.4 A
savoir
-Le
collapsus peut être lié à plusieurs causes :
-une
insuffisance cardiaque: défaillance de la pompe avec des contractions trop
faibles ou insuffisantes du myocarde (intoxication, d'un infarctus, d'un
trouble du rythme...)
-un
relâchement trop important des muscles des artères dû à une intoxication, une
infection, une allergie...
-une
diminution importante du volume sanguin par hémorragie grave ( interne ou
externe, fracture des gros os) ou perte anormale d'eau (brûlures graves et
étendues, déshydratation aiguë).
-Un
des premiers gestes médicaux est de poser une perfusion pour effectuer un
remplissage vasculaire, qui vise à compenser les pertes et à augmenter la
pression sanguine.
5. Arrêt-cardio-respiratoire
(ACR)
5.1
Le trouble
Le
cour peut s'arrêter pour cause de vieillesse. L'arrêt cardio-respiratoire peut
aussi compliquer un certain nombre de troubles graves atteignant le muscle
cardiaque (infarctus du myocarde, intoxication, choc électrique...) ou privant
l'organisme (donc le cour) d'oxygène: arrêt ventilatoire, noyade...
L'
ACR est une inefficacité circulatoire dont les trois seuls signes obligatoires
sont : inconscience, arrêt ventilatoire et absence de pouls carotidien. Il peut
être lié à un arrêt du cour ( « asystolie ») ou un trouble du rythme grave
comme la fibrillation ventriculaire où chaque cellule cardiaque se contracte de
façon indépendante et anarchique... Quelle que soit
la
cause, l'absence de circulation prive d'oxygène les cellules de l' organisme et
en particulier les neurones qui sont le plus sensibles à ce manque (mort des
cellules cérébrales dans un délai de 3 à 5 minutes en moyenne).
On ne
parle de décès que lorsque les cellules sont irrémédiablement perdues. Une
prise en charge rapide, dans les secondes ou les minutes qui suivent l' ACR, permet
d'essayer de sauver les victimes en assurant artificiellement l'oxygénation et
le transport du sang jusqu'à ce qu'une reprise circulatoire autonome puisse
être obtenue.
5.2
Bilan
La
notion d'ACR impose de commencer sans tarder les gestes de survie mais d'autres
renseignements peuvent être utiles pour préciser les conditions d'intervention
:
-événement
déclenchant (maladie, traumatisme, intoxication...)
-âge,
antécédents du malade (maladie cardiaque, cancer)
-traitement
habituel du patient
-état
des pupilles
-température
de la victime.
5.3
Conduite à tenir
La
médicalisation de l'intervention est obligatoire dès que les gestes de survie
sont commencés. Ceux-ci consistent à associer un massage cardiaque externe MCE) à une ventilation artificielle (V A)
: 2 insufflations par méthode orale (type bouche-à-bouche) pour 15 MCE
On
doit apporter dès que possible de l'oxygène à fort débit. Le massage peut aussi
être effectué de façon instrumentale à l'aide d'une cardio-pompe, qui en
augmente théoriquement l'efficacité.
Pour
les intervenants qui en sont équipés, un défibrillateur semi-automatique peut
aussi être utilisé; en cas défibrillation ventriculaire mise en évidence par
l'appareil, un choc électrique peut être délivré dans le but de réduire le
trouble en
synchronisant
la contraction des cellules cardiaques.
L'association
MCE - VA ne doit être arrêtée que lorsqu'une circulation autonome reprend
(pouls carotidien perceptible) ou sur décision médicale.
5.4 A
savoir
La
décision de ne pas entreprendre les gestes de réanimation ou de les interrompre
appartient normalement au médecin mais certaines circonstances peuvent faire
penser que le décès est certain : rigidité cadavérique, putréfaction, tête
détachée du corps, long délai entre le trouble et la découverte, en l'absence
de gestes de survie...
-L'état
des pupilles n'a pas de valeur diagnostique mais c'est un signe de gravité et
de surveillance.
-Une
victime dont la température corporelle est basse doit bénéficier d'une
réanimation plus longue, même en
l'absence
de signe de reprise, car les cellules cérébrales sont protégées du manque
d'oxygène par l'hypothermie; c'est le cas en particulier chez le noyé grave.
-Dans
certains cas, on décide de poursuivre les gestes de survie bien qu'on soit
persuadé de la mort des cellules cérébrales (traumatisme crânien grave par
exemple) ; cela est fait dans le but de sauver les autres organes qu'on peut
tenter de récupérer pour les greffer sur d'autres personnes.
6. Hémorragies
6.1
Le trouble
Un vaisseau
sanguin peut être lésé dans de nombreuses circonstances. La cause est le plus
souvent traumatique (plaie, coup) mais la paroi d'un vaisseau sanguin anormal,
fragile, peut aussi se déchirer plus ou moins brutalement à l'occasion d'un
effort ou d'un traumatisme minime..
Une
hémorragie externe (le sang s'écoule d'une plaie qu'on peut voir) n'est grave
que si elle est abondante ou si elle ne peut être stoppée.
Une
hémorragie interne, où ni la plaie ni le sang ne sont directement visibles,
pose des problèmes plus graves. On doit suspecter l'hémorragie dès que la
victime a subi un traumatisme violent (accident de circulation, chute de grande
hauteur, plaie pénétrante...) ou lorsque des signes de détresse circulatoire
apparaissent: pâleur, sueurs, pouls rapide, mal frappé, ventilation rapide,
perturbations de la conscience, décoloration des conjonctives...
D'autres
signes permettent d'en suspecter l'origine :
-pour
le crâne: perte de connaissance, asymétrie pupillaire, paralysie d'un côté du
corps...
-pour
le thorax : difficultés ventilatoires, toux sanglante
-pour
l'abdomen : muscles contractés, immobilité lors de la ventilation, gonflement.
..
Une hémorragie extériorisée correspond à la
sortie du sang d'une hémorragie interne par l'intermédiaire d'un orifice
naturel :
-l'otorragie,
s'écoulant à travers le conduit de l'oreille, peut être associée à une fracture
du crâne, une lésion du tympan (accident de plongée, souffle d'une explosion)
-l'hématémèse,
vomissement de sang noir ou rouge, souvent mêlé à des débris d'aliments, est
liée à une hémorragie abdominale: traumatisme, rupture de varices de
l'oesophage (fréquentes chez les alcooliques chroniques), perforation d'ulcère
de l'estomac...
-I
'hémoptysie, toux ramenant des crachats sanglants, fait suite à un traumatisme
thoracique, une infection pulmonaire grave (tuberculose)...
-l'épistaxis,
hémorragie s'écoulant par le nez, peut se voir après une rupture spontanée ou
traumatique de petits vaisseaux du nez ou accompagne une fracture du crâne
-la
rectorragie (écoulement de sang rouge par l'anus) et le méléna (selles
noirâtres et nauséabondes liées au sang digéré) sont associés à des saignements
digestifs
-la
métrorragie, écoulement anormal par les voies génitales féminines, peut
signaler une anomalie de la grossesse (fausse couche, grossesse
extra-utérine)...
-l'hématurie
est une hémorragie s'écoulant par les voies urinaires après un traumatisme
abdominal ou génital, une infection, un calcul urinaire (petit caillou créant
un obstacle et responsable de douleurs très vives appelées coliques
néphrétiques).
6.2
Bilan
-circonstances
(traumatisme, maladie...)
-lésions
présentées ( de la tête aux pieds)
-bilan
vital
-recherche
d'une pâleur cutanée, de sueurs, d'une décoloration des conjonctives
-vitesse
de l'écoulement, quantité de sang perdu
-pour
une hémorragie externe: caractère du saignement ( en jet saccadé, en nappe),
couleur du sang (rouge vif ou foncé)
-antécédents
(alcoolisme, cancer, maladie. ..)
-traitement
éventuel.
6.3
Conduite à tenir
Le
risque de toute hémorragie grave étant la détresse circulatoire ( collapsus
voire ACR), la médicalisation rapide de l'intervention est nécessaire en cas de
délabrement important, d'hémorragie persistante, de traumatisme faisant
suspecter une hémorragie interne, de signes de détresse déjà installés. ..
Tous
les moyens sont bons pour arrêter une hémorragie externe: appui direct sur la
plaie avec un doigt, la paume de la main et, en cas d' efficacité, un pansement
compressif en relais. Si ces gestes sont impossibles ou inefficaces, il faut
comprimer à distance par un point de compression ( qui compresse l'artère
principale du membre contre un os) ou un garrot (qui bloque toute circulation
dans le membre et donc le prive complètement d'oxygène).
En cas
d'hémorragie grave, la mise en condition comporte aussi :
-l'installation
de la victime en position horizontale
-une
oxygénothérapie à fort débit (15 l/min. chez l'adulte)
-la
surélévation des jambes en cas d'hémorragie très abondante, de signes de détresse
circulatoire
6.4 A
savoir
La protection des intervenants avec des
gants de latex est nécessaire pour éviter la transmission de maladies
infectieuses (SIDA, hépatite virale B).
Le
sang coulant dans le nez ou la bouche peut être avalé et faire croire à tort à
une hémorragie interne à l'occasion de vomissements. Il peuvent aussi menacer
les voies aériennes et rendre nécessaire la mise en PLS.
7.
Traitement des atteintes cardio circulatoires
1. Arrêt des hémorragies externes
Une
hémorragie externe grave doit être arrêtée sans délai : ce geste de survie
prime sur la réalisation du bilan vital.
La
première manœuvre à tenter est de réaliser une compression locale, directement
sur la plaie qui saigne :
compression
manuelle directe ou par l'intermédiaire d'une compresse stérile (ou d'un linge
propre), avec une main protégée par un gant a usage unique ; relais par un
pansement compressif lorsque la compression manuelle a été efficace le membre
doit si possible être surélevé pour diminuer la pression dans le vaisseau
sanguin blessé donc augmenter l'efficacité de la compression locale.
Lorsque
la compression locale n'est pas possible (délabrement important, fracture
sous-jacente...) ou inefficace, l'hémorragie doit être stoppée par une
compression à distance :point de compression le plus près possible en amont de
la blessure, sur une zone où une artère peut être comprimée contre un os:
artère carotide au cou, fémorale au pli de l' aine, humérale à la face interne
du bras, axillaire dans le creux de l'aisselle, sous-clavière derrière la
clavicule ; en cas d'efficacité, ce point de compression doit être maintenu
jusqu' à prise en charge médicale mise en place d'un garrot sur le membre
blessé (au dessus du coude ou du genou pour être sûr d'écraser l'artère) si le point
de compression est inefficace ou ne peut être maintenu en permanence (manque de
sauveteurs par rapport au nombre de gestes d'urgence à pratiquer).
Lorsque
ce geste à été réalisé, il faut terminer le bilan et prendre les mesures qui
s'imposent ; en particulier : position d'attente adaptée (jambes surélevées si
l'hémorragie a été très abondante), oxygénothérapie à fort débit, alerte des
secours médicaux...
2. Massage cardiaque externe (MCE)
2.1 Quand ?
Le MCE, dont le principe est de réaliser
une pression intermittente sur le thorax pour remplacer l' action mécanique
défaillante du cœur, doit être associé à la ventilation artificielle dès la
constatation d'un ACR. Dans la réalisation classique du bilan, le massage fait
suite aux deux premières insufflations lorsque le pouls n'est pas perçu pendant
au moins 5 secondes.
L'urgence
de la situation impose de ne pas perdre de temps dans la réalisation des
gestes. La ventilation artificielle, par exemple, doit être débutée ( embout
buccal, masque) avant même que le matériel d'oxygénothérapie complet soit
utilisable.
2.2 Comment ?
La
ventilation artificielle doit être associée à une oxygénation à fort débit ( 15
l/min. chez l' adulte) et pratiquée selon les techniques habituelles
garantissant son efficacité.Le massage est effectué de façon manuelle ( ou à l'
aide d'une cardiopompe) sur la moitié inférieure du sternum ou, chez le
nourrisson, entre les deux mamelons.
Pour un massage efficace :
-la victime doit être allongée sur un
plan dur (au sol le plus souvent)
~ le thorax doit être dévêtu
sommairement, sans perte de temps inutile, pour utiliser la cardiopompe
-il faut associer 15 massages pour 2
ventilations ;
-le temps d'insufflation est inchangé,
soit 2 secondes
-la fréquence propre du massage doit être
d' au moins 80/min. chez l' adulte (60/min. avec la cardiopompe), 100/min. chez
l'enfant et 120/min. chez le nouveau-né
-la durée de compression doit être égale
à celle du relâchement afin de garantir le remplissage et la vidange correcte
des cavités cardiaques et des vaisseaux du thorax ;
-les deux temps sont marqués à haute voix
par l'équipier qui masse en comptant lors de la compression (de 1 à 15) et en
disant « et » à la deuxième phase du cycle cela permet une bonne
synchronisation avec le deuxième sauveteur, chargé de la ventilation
artificielle ;
-l'insufflation est réalisée dès la fin
de la 15e compression;
avec la cardiopompe, l'insufflation est facilitée par le maintien de la
traction active pendant le temps de sa réalisation ;
-le
début de la nouvelle séquence de massage s'effectue dès la fin de
l'insufflation, sans attendre l'expiration passive de la victime (soit après 2
secondes environ d'arrêt de massage).
2.3 Surveillance
-Surveillance
des critères d'efficacité mécanique de la ventilation artificielle.
-Recherche
des critères d ' efficacité mécanique du MCE :
-perception
d'un pouls carotidien contemporain du massage
-recoloration
cutanée
-régression
éventuelle de la taille des pupilles si elles étaient en mydriase (en l'absence
d'un traitement médicamenteux).
-Surveillance
à intervalles réguliers (toutes les 2 minutes environ) de l'évolution des
fonctions vitales de la victime (reprise d'un pouls, d'une ventilation...).
2.4 Complications du MCE
Les
complications les plus fréquentes sont les fractures de côtes ou du sternum qui
se produiraient dans près de 30% des cas; elles sont plus fréquentes chez les
personnes âgées car le thorax perd peu à peu sa souplesse. Les lésions du foie,
de la rate, du cœur et des poumons sont rares et le plus souvent secondaires à
des erreurs de technique: appui à des endroits inappropriés, pressions
excessives, déplacement de la cardio-pompe...